« Ce que je pense ! »

« Ce que je pense ! » : BAHRI Youssef

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MARS 1984 -AVRIL 2014 :

30 ans se sont écoulés depuis la fondation de l’Association des Physiothérapeutes Tunisiens; tant bien que mal le travail continu à se faire et ce grâce à la volonté et la persévérance des différents membres des bureaux directeurs qui se sont succédés à sa charge.

Toutes les journées scientifiques programmées ont eu lieu; au moins deux séminaires par an et même, après la révolution, le rythme de travail a été maintenu ainsi que la cadence; chose qui n’est pas facile; car en lui-même c’est un défi.

Par ailleurs, plusieurs journées scientifiques de recyclage et de formation postuniversitaires destinées aux physiothérapeutes du Grand Tunis et aux étudiants du secteur étatique et privé continuent à être organisée à l’Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de la Santé de Tunis (Journées de Physiothérapie de l’ESSTST) et ce à la demande de nos adhérents et des futurs diplômés pour rehausser le niveau et combler les lacunes constatées dans le cursus de formation de base de la nouvelle génération des physiothérapeutes (promotions LMD).

De même, pas mal de journées et de Works Shop ont pu être Co-organisés avec l’une des écoles privées de Physiothérapie de Tunis et ce pour les mêmes raisons.

Ces écoles privées qui ont eu le droit légal de fonctionnement et la reconnaissance légale de leurs diplômes délivrés et qui sont entrain de mettre sur le marché d’emploi des centaines de nouveaux diplômés; pour certains collègues et responsables de formation exerçant dans le domaine étatique, à tort et à raison sont considérées comme les seules responsables de tous les maux dont souffrent nos Ecoles Supérieures des Sciences et Techniques de la Santé dans le domaine de la formation théorique, pratique et d’encadrement des stages hospitaliers: concurrence déloyale, elles ont plus de moyens, elles ont vidé les ESSTS de leurs enseignants médicaux et paramédicaux, elles ont encombré les terrains des stages hospitaliers, elles ont détourné les physiothérapeutes hospitaliers contre nos étudiants, etc.

A vrai dire, le problème est ailleurs; même si certains dépassements ont pu être constatés, il ne faut pas croire que seul l’argent est le seul et l’unique facteur déterminant qui a motivé ce noble corps enseignant d’opter et de préférer les écoles privées d’ailleurs, ils ne sont pas relativement bien payés. Nos ESSTS ont intérêt de faire un sondage d’opinions auprès des ces acteurs de formation pour déchiffrer l’énigme et mieux percevoir la problématique. Par ailleurs, la même approche doit se faire auprès des étudiants de ces ESSTS pour avoir une idée de l’image qu’ils ont de leur école afin de mieux appréhender le sujet, poser un bilan-diagnostic et trouver les solutions qui s’imposent.

L’Association des Physiothérapeutes Tunisiens, partie prenante des choix politiques du pays, s’est engagée dans une voie de défense de la complémentarité entre le secteur publique et le secteur privé et ce, pour l’épanouissement du secteur sanitaire dans le pays afin de créer un climat permettant l’émergence des compétences nationales, facteur déterminant pour tout développement intégral; et de hisser notre patrie aux rangs des pays développés et défendre sa place pour prendre sa part dans un contexte pas facile de mondialisation..Soucieuse de cette approche et consciente de l’importance de l’enjeu, notre association s’est investie pour proposer et aider à trouver des solutions. Plusieurs courriers ont été adressés aux responsables des tutelles, des réunions ont été tenues avec les décideurs mais hélas, les prises de décision tardent à venir, mais il est encore temps.

Les solutions à nos problèmes de formation passent impérativement par l’adoption par nos décideurs de ces 13 recommandations pour améliorer la formation de base dans les écoles de physiothérapie:

  1. a. Etablir la carte géographique des physiothérapeutes tunisiens en exercice hospitalier et libéral.
  2. b. Recensement des physiothérapeutes diplômés en attente d’emploi.
  3. c. Définir le besoin du pays en termes de physiothérapeutes à court et à moyen terme.
  4. d. Etablir un numérus clausus (comme ca se passe en France et ailleurs dans le monde) par année à répartir sur toutes les écoles de santé privées et étatiques en Tunisie selon le besoin du pays.
  5. e. Veiller à ce que les critères d’orientation vers la section soient respectés par les écoles privées (concernant la nature du bac : section sciences ou maths, et ce, conformément aux guides d’orientation du Ministère de l’Enseignement Supérieur).
  6. f. Respecter une différence maximale de 20 points de score par rapport aux écoles étatiques pour admettre un étudiant à la section physiothérapie à titre privé.
  7. g. Respecter la validité du baccalauréat de cinq ans maximum pour admettre un étudiant dans les écoles privées. (La validité est de trois ans pour les écoles étatiques)
  8. h. Les écoles privées sont appelées à respecter le cahier de charges concernant la planification du programme d’enseignement et du taux de son exécution qui ne doit pas être inférieur à 90% du volume horaire prévu, concernant les conditions d’examens qui doivent être dans les normes de point de vue temps, horaire et espacement des salles d’examen et surveillance pour éviter tout encombrement et de ce fait toutes tentatives de fraude.
  9. i. Fixer un délai limite pour toute inscription en première année à ne pas dépasser deux semaines au plus tard de l’ouverture de l’année universitaire de chaque école.
  10. j. Un conseil scientifique et un conseil de discipline doivent exister au sein des écoles privées à l’image des écoles étatiques en respectant les mêmes normes ; et seul le conseil scientifique se charge des affaires scolaires, pédagogiques et évaluation.
  11. k. Les écoles étatiques et privées doivent être équipées de tout le matériel techno-pédagogique nécessaire non seulement pour l’enseignement pratique, mais aussi pour l’enseignement théorique, tel que l’anatomie, la physiologie, l’appareillage, et ce, par la création de laboratoires suffisamment équipés au sein des écoles :

– Laboratoire de physiologie.

– Laboratoire d’anatomie

– Unité de conception de petit appareillage en plâtre ou en résine.

  1. l. La création d’une structure suffisamment équipée de personnel qualifié au sein du ministère (unité de formation des cadres), qui doit veiller à l’application du cahier de charges, l’exécution des programmes aussi bien dans les écoles étatiques que privées, le contrôle de l’assiduité des étudiants et la supervision des examens écrits.
  2. m. Instaurer un teste psychotechnique à l’image des écoles des sciences infirmières tunisiennes pour le choix du candidat à la section et / ou élaborer une année d’études préparatoires suivi d’un concours à l’image du Canada et de la France.

 

De même, pour favoriser l’emploi des jeunes diplômés nos décideurs doivent adopter ces onze mesures :

  1. a. Interdire le stage d’initiation à la vie professionnelle (SIVP) des nouveaux diplômés dans le secteur privé (cliniques, centre de rééducation et de médecine physique, cabinets de physiothérapie).
  2. b. Le stage (SIVP) ne peut, logiquement, se faire que dans des structures de formation hospitalière, en vue d’un complément de formation (vue les conditions de formation actuelle), et d’une initiation à la future vie professionnelle.
  3. c. Il est inadmissible qu’un nouveau diplômé, qui vient de s’installer en libre pratique recrute un nouveau collègue (parfois de même promotion), pour l’initier à la vie professionnelle (Il suffit de voir les annonces sur face book).
  4. d. Le nouveau diplômé qui désire s’installer en libre pratique doit obligatoirement passer un stage d’une année dans une structure hospitalière publique.
  5. e. Le stage (SIVP) permet entre autre de résoudre temporairement le besoin en para médicaux dans les services hospitaliers à l’intérieur du pays qui ont un manque important en personnel influant la qualité des soins dispensés.
  6. f. Les cliniques doivent recruter des physiothérapeutes plein temps et ne pas fonctionner avec le « SIVP » (contrat, fin de contrat….)
  7. g. Le même problème se pose aux centres de médecine physique de libre pratique.
  8. h. Les équipes sportives doivent aussi recruter des physiothérapeutes plein temps, en est de même pour les équipes nationales.
  9. i. Les centres d’infirmité motrice (AGIM) et les autres centres prenant en charge des handicapés dépendant du ministère des affaires sociales, doivent de même recruter des physiothérapeutes plein temps et non pas sous un contrat SIVP.
  10. j. Favoriser la formule des physiothérapeutes à domicile conventionnés avec la CNAM comme ca se passe en Europe.
  11. k. Il en est de même pour les centres de thalassothérapie et de bien être dépendant du ministère de tourisme, qui doivent recruter des physiothérapeutes plein temps et non pas sous contrat de SIVP.

 

De même, des suggestions pouvant servir éventuellement pour un future projet de réforme des textes de lois qui régissent le statut des Ecoles Supérieures des Sciences et Techniques de la Santé ont été adressé aux responsables des tutelles.

Ces réflexions, ont été faites, dans un but de favoriser le travail en équipe et en symbiose dans un climat serein.

 

M. le directeur, du fait de l’émergence des écoles privées des sciences et techniques de la santé et de l’importance des moyens mis en œuvre de leurs parts; nos étudiants sont de plus en plus confrontés à des problèmes d’encadrement dans les terrains de stages (encombrement, refus de collaboration de certains paramédicaux hospitaliers et/ou insuffisance) et nous, les coordinateurs de section , nous sommes confrontés au problème de manque d’enseignants qualifiés et motivés du fait du taux d’honoraire des heures d’enseignement trop faible par rapport à celui des écoles privées .

En voici quelques suggestions :

 

1) Faire un Bilan-Diagnostic et entreprendre les mesures d’accompagnements nécessaires (mettre en place des comités restreintes de réflexion).

2) Etablir un partenariat avec les facultés de médecine et faire de telle sorte que nos confrères médecins hôspitalo- universitaires assurent l’enseignement par obligation dans les ESSTS et que les attestions d’enseignements signées par les directeurs des écoles supérieures soient équivalentes à celles délivrées par les doyens des facultés de médecine.

3) Demander aux responsables de tutelle de veiller à l’application des profils de postes des paramédicaux proposés par les différentes associations paramédicales et des attributions des techniciens supérieurs principaux et techniciens supérieurs majors tels fixés par la loi qui stipulent clairement que ces derniers doivent assurer l’encadrement des stagiaires d’autant plus qu’ils exercent dans des structures hospitalo-universitaires.

4) Associer les associations des paramédicaux à la vie des ESSTS et les faire participer à des projets de partenariats.

5) Proposer aux responsables de tutelle de réviser vers la hausse le montant des honoraires des heures d’enseignement assurées par les médecins hospitalo-universitaires ainsi que les autres intervenants y compris les paramédicaux .

6) Etablir des normes en besoin du nombre des paramédicaux enseignants par rapport

à la spécificité de chaque section selon l’importance en nombre et en volume horaire et selon l’effectif des étudiants préfixé.

7) Construire des salles de TP en nombre suffisant et les équiper convenablement en matériel

techno-pédagogiques adéquats (à moyen et long terme).

8) Solliciter nos décideurs afin d’agir avec la force de caractère et d’énergie pour faire respecter la Notion des Droits et Devoirs de la part des Ecoles Privées (respecter le cahier de charge de point de vue critères d’inscriptions, validité et nature du bac ,score d’orientation, qualité des formateurs, équipement des écoles de laboratoire d’Anatomie, de Physiologie , qualité d’encadrement des stages ) .

 

9) Etablissement d’ un Numerus Clausius pour fixer l’effectif des étudiants à former selon les besoins du pays après avoir établi la carte de répartition géographique par spécialité des Paramédicaux en Tunisie et estimer les besoins à moyen terme et à long terme. Ces propositions ont été présentées aux différents responsables depuis 2011parl’Association des Physiothérapeutes Tunisiens et n’attendre qu’à être adopter.

10) Restructurer les différents départements et mettre à leurs dispositions les outils de travail nécessaire et élémentaires (bureaux avec équipements nécessaires, secrétaires etc.) pour faciliter la tâche des chefs de départements du fait qu’ils sont trop pris ailleurs.

En effet malgré leurs dévouements et les sacrifices consentis de leurs part; l’expérience a prouvé qu’ils sont souvent confrontés à pas mal de problèmes épineux de fonctionnement du fait de cette notion virtuelle de département et de cette amalgame et confusion de tâches.

Nos honorables chefs de département doivent être officiellement secondé dans l’accomplissement de leurs tâches bénévoles ; par l’un des professeurs paramédicaux de la section en question qui connaissent mieux que quiconque les affaires relatives à leurs spécialités et ses besoins spécifiques.

11) Les collègues appartenant aux corps des « scientifiques « font partie de l’école ont intérêt à défendre la création d’un département de physiologie qu’ils doivent diriger et équiper, par tous les moyens techno-pédagogiques nécessaires .

12) Associer réellement et de façon responsable les professeurs paramédicaux au fonctionnement des départements si besoin en apportant des modifications aux textes de lois qui régissent le fonctionnement des ESSTS.

13) Entreprendre une politique de mise à niveau du personnel « administratif » de l’école par l’établissement d’un projet-programme de formation continue et de recyclage pour les aider à avoir des promotions dans les différents postes de fonction qu’ ils occupent parfaitement bien pour certains et rehausser l’image administrative de l’Ecole (voir l’organigramme /équivalence Administrative)

14) Organiser des cycles de formation continue et de recyclage postuniversitaire pour les enseignants paramédicaux et les scientifiques.

L’adoption de cet ensemble de mesures ne peut qu’être propice à la vie de l’école avec des retombés positives sur l’ambiance de travail qui devient plus conviviale et c’est ainsi que la tâche, de Mr le Directeur de l’école, sera facilitée et la gestion devient moins problématique.

 

BAHRI Youssef

Le Président de l’Association des Physiothérapeutes Tunisiens

– Physiothérapeute –Cadre Formateur- Enseignant

– Professeur Principal Paramédical

– Coordinateur des études section Physiothérapie des Déficients visuels.

– Diplômé de la Faculté de Médicine de Tunis et de L’école

des cadres de masso-kinésithérapie de Bois-Larris France

– Membre du conseil scientifique de l’ESSTST depuis 1997.


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